dimanche 19 février 2012
2012 World Press Photo of the Year
Voici la photo qui a gagné le World Press Awards 2012.
Il s'agit d'une femme yéménite qui réconforte un proche blessé. Cette photo m'a vraiment marqué par de nombreux aspects.
D'abord, la scène constitue une sorte d'anti-Pieta. Ce n'est plus la vierge Marie, magnifiée comme figure maternelle et tutélaire, mais une simple femme (nous ne connaissons pas le lien de parenté qui 'lunit au blessé) qui brille par son absence, le noir créant une zone de vide autour du blessé. Le christianisme s'efface et est remplacé par l'islam dans cette scène ou le Christ devient un combattant anonyme, et la figure maternelle une femme bienveillante mais invisible.
Et puis, il y a ces détails inquiétants: l'homme à l'air de se noyer, de disparaître dans la masse sombre de la femme. Il est maigre, déjà mourant. Sa peau claire contraste avec la pénombre environnante. On discerne à peine la femme, sa figure devient inquiétante et on la voit absorber cet homme brisé, telle la mort pour une ultime embrassade. C'est ainsi une nouvelle allégorie qui apparaît: celle de la menace qui pèse sur tous les révolutionnaires de voir leur combat stoppé net par la mort.
Enfin les gants blancs de la femme marque une distance à la fois visuelle et physique: je te touche sans te toucher, je suis absente mais mes mains te rejoignent. Il est fascinant de voir qu'une telle barrière est mise entre ces deux corps, là où le contact est le plus significatif. Il y a de la retenue, de la pudeur, et une protection qui passe par la distance. C'est l'hygiène comme acte d'amour.
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