dimanche 11 décembre 2011

La route de l'est

Nous fendons la grisaille, chaque tour de roue nous rapproche de la nuit.
Et c'est comme un chape de plomb qui saisirait le cœur et l'âme. Peu importe qu'on soit heureux d'y aller, c'est toujours plus qu'un simple trajet, un voyage.
C'est une plongée dans l'histoire, où un à un les noms qui ont forgé nos rancœurs et bu nos jeunesses s'égrènent : la Marne, Reims, la Meuse, Verdun, Metz, Gravelottes... Et les autres aussi, qui nous racontent la chute d'un roi et l'éveil d'une nation: Sainte Ménehould, Varennes, Valmy...
C'est inévitable : on a beau chercher dans ses souvenirs, cette route se fait toujours sous la pluie, dans la grisaille. De grasses gouttes s'écrasent sur le pare-brise, mollement essuyées pare les essuies-glaces fatigués. 
Sur cette route, seuls les plus inconscients prendront la nationale, ballotés entre les poids-lourds tchèques et les guimbardes à bout de souffle. Ils verront Saint Dizier, Vitry le François et Cézannes, mais ils ne s'en vanteront pas trop.
On ne va dans l'est par hasard. Il faut toujours une bonne raison. 
Pourquoi sinon aller vers la nuit?

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